Toucher vaginal une norme remise en cause Toucher vaginal une norme remise en cause
Des professionnels de santé s’interrogent sur l’intérêt médical de l’examen gynécologique, étape quasi-obligée des consultations peu appréciée des patientes. Les pieds dans les étriers,... Toucher vaginal une norme remise en cause
Des professionnels de santé s’interrogent sur l’intérêt médical de l’examen gynécologique, étape quasi-obligée des consultations peu appréciée des patientes.

Les pieds dans les étriers, les yeux au plafond et l’envie que «ça» se termine vite: même quand le médecin est prévenant, l’examen gynécologique est rarement vécu comme un bon moment par la patiente. Etape quasi-obligée des visites de routine, y compris chez la femme ne présentant pas de symptôme particulier, le voilà remis en cause sur le plan médical.

Un groupe d’experts américaine en prévention (US preventive services task force) est le dernier organisme professionnel en date à s’être penché sur l’intérêt de l’examen gynécologique(toucher vaginal et/ou examen visuel du col grâce à un spéculum, sorte de pince ouvrant l’entrée du vagin). «Nous concluons que l’état des connaissances est insuffisant pour évaluer la balance bénéfice/risque du toucher vaginal chez les femmes asymptomatiques et non-enceintes dans la recherche et le traitement d’une série de pathologies gynécologiques. En conséquence […] nous ne pouvons statuer pour ou contre cet examen sur ce profil de patientes». Bien qu’il ne tranche rien, cet avis a toutefois l’intérêt de montrer que cette pratique très répandue a été largement ignorée par la recherche, et qu’en l’absence d’évaluation de qualité, rien ne permet de savoir à ce jour s’il contribue à réduire la mortalité.

Auparavant, en 2014, la société savante des médecins généralistes américains avait, elle, pris position contre l’examen pelvien dans la situation décrite précédemment. Les experts concluaient que les inconvénients de la pratique (peur, anxiété, gêne, douleur, pouvant décourager la femme à consulter) dépassaient les bénéfices attendus, notamment dans la détection du cancer de l’ovaire.

Pas à l’agenda en France

Précisons qu’il n’est pas question ici du frottis cervical (recommandé tous les 3 ans chez les femmes ayant commencé leur vie sexuelle en France), qui a démontré son intérêt médical pour détecter le cancer du col de l’utérus. Le toucher vaginal consiste à palper le vagin à la recherche d’une éventuelle masse. Celle-ci peut être bénigne (fibrome, kyste de l’ovaire) mais aussi maligne (tumeur de l’ovaire). «Malheureusement, dans ce second cas, le dépistage précoce par palpation ne permet pas de réduire la mortalité», précise le Pr Bernard Hédon, président du Collège national des gynécologues obstétriciens français (CNGOF).

Le gynécologue français n’est pas surpris par les conclusions de la Preventive task force américaine. «Les niveaux de preuve sur ce sujet sont faibles», confirme-t-il. Le CNOGF n’a «pas émis de recommandations particulières à ce sujet» et la pertinence de l’examen vaginal de routine n’est pas à l’agenda de la société savante, «mais ça se fera, sans doute», poursuit-il. «Il y a tellement de sujets urgents: cette année, nous nous penchons sur l’accouchement prématuré, l’IVG, l’an prochain l’endométriose, la contraception…». Bernard Hédon admet que le toucher vaginal «est la norme» dans les consultations annuelles, «comme il en existe beaucoup en médecine. Mais elles peuvent parfois être remises en question.» Pour cela, il faudrait faire des études basées sur «un grand nombre de patientes». «Ca nécessite du temps, des financements, mais ce serait un beau travail de santé publique».

Vice-présidente du CNGOF exerçant en libéral, Béatrice Guigues préfère dédramatiser. «Je pense qu’il n’y a pas à polémiquer. Tout est question de confiance.» Pour elle, le toucher vaginal permet de détecter des kystes ovariens avant qu’ils ne deviennent douloureux et nécessitent une intervention, même s’ils sont peu fréquents. Quant à l’usage du spéculum, il lui paraît indispensable pour détecter à l’œil des lésions du col, plus fréquentes celles-là. «On pourrait toujours, après ça, demander à la patiente si elle accepte un toucher vaginal», concède-t-elle, reconnaissant que les patientes sont de plus en plus demandeuses d’explications. Le dialogue est ouvert.

sante.lefigaro.fr

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